Voilà, j’étais là...

lundi 12 novembre 2012
par  Emmanuel Codden
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Je me rappelle cet été si torride où nous cherchions par tous les moyens de trouver un peu de fraîcheur. Ma mère préparait un panier rempli de sandwiches, quelques « tupperware » avec du riz ou de la salade et nous partions dans notre petite Fiat 127, direction le bord de l’eau.

Je me souviens de cette chaleur accablante, de mes jambes collées à la banquette en skaï et de mon dos dégoulinant entre mon t-shirt et le dossier. J’en étais malade par la fumée de cigarette que recrachait mon père rendant cet air suffocante totalement délétère. Même le lecteur « Stereo 8 » semblait bailler le « Volare Cantare », signe que même la bande magnétique supportait mal, elle aussi, la chaleur tropicale de notre petite automobile.

Comme si cela ne suffisait pas, ma petite sœur me suppliait pour que je lui lise son livre préféré « Petite abeille est malade » alors que moi-même j’en avais la nausée de ce trajet interminable. Même le St Christophe collé sur cette imitation de bois, servant à rendre l’habitacle plus luxueux, commençait à se détacher comme pour prendre la fuite.

Nous partions de Leval par la route de Charleroi en direction de Binche, cette ville qui nous accueillait par ces quelques paysans accrochés sur des poteaux, semblant nous saluer pour nous accorder la bienvenue. Cela déclenchait en moi un certain soulagement, signe que calvaire arrivait bientôt à terme dans la délivrance d’une piscine fraîche en plein air.

Arrivé sur ce sol bénit, je trépignais d’impatience dans la file des aspirants baigneurs. Il faut dire qu’en cet été 1976, la plage devient une fournaise et pas une seule place à l’ombre n’est disponible. Il y a bien quelques parasols parsemés sur les terrasses, mais ceux-ci nous obligeraient à abandonner notre place dans la queue et de tout recommencer depuis le début.

Ma mère et ma sœur nous attendaient sous la terrasse sur pilotis, tandis que mont père et moi restions dans le rang approchant la ligne de démarcation libératrice. Avant que ma sœur ne naisse, j’attendais sur le toboggan ou sur la bascule. Il m’arrivait parfois, depuis la petite balançoire, d’observer les gens qui mangeaient des frites et les enfants qui barbotaient dans cette petite pataugeoire coincée entre les haies. Mais je ne suis plus un enfant à présent et je dois savoir me tenir, cela même si le soleil me brûle la peau. Alors je patiente...

Ca y est, ma sandalette droite touche le béton qui forme un petit chemin entre les cabines et le grand bassin. Malgré mes douze ans, je reste impressionnée par le grand plongeoir qui se dresse devant moi, où quelques baigneurs plus aguerris exécutent des figures acrobatiques, exhibant par là même, leur courage et leur habilité.

Enfin je pénètre dans la petite cabine sombre m’offrant déjà un avant-goût de fraîcheur, l’endroit est exigu et je peine à ôter mes sandalettes à cause de ce tabouret qui bascule lorsque je me penche vers l’avant. J’accroche mes vêtements au crochet, je tente de me mettre sur la tête ce bonnet de caoutchouc collant formé d’alvéoles et j’ouvre la porte invitant la lumière aveuglante à inonder le minuscule habitacle.

Je scrute les alentours tentant, désespérément, de trouver dans cette foule un visage familier, mais rien. Je ne retrouve pas mon père et ma mère s’en est allée avec ma sœur à la petite pataugeoire.

Réalisant que j’étais le seul à porter ce stupide bonnet, je l’ôtais, non sans perdre quelques cheveux au passage et le déposa dans ma cabine.

Seul et désemparé, je poursuis mon chemin en direction du grand l’escalier rouge qui descend progressivement dans l’eau froide. Marche par marche, obstacle par obstacle, je pénètre enfin les flots glacés, mais combien salvateurs, de cette auge bienfaisante.

A peine m’étais-je acclimaté que mon prénom retenti d’un coin du bassin : « Hé, Giovanni  ! ». Je m’orientais vers la voix qui m’appelait et j’eus peine à reconnaître mes camarades de classe Manu et Eric. Nous avions joué toute la journée à s’enfoncer mutuellement la tête sous l’eau, à nous tirer par les pieds et à celui qui descend le plus profondément en apnée.

Comme je commençais par avoir froids et faim, je me suis assis sur le rebord et je regardais, droit devant moi, ces adultes qui cuisaient au soleil ardent. Puis, regardant à gauche, je reconnus ma mère attablé avec ma sœur et mon père sous la pergola au pied de l’escalier. Je finis par me revêtir et les rejoindre dévorant goulue-ment un des sandwiches qu’elle avait préparés ce matin, sirotant un coca.

Il ne me fallut pas trop longtemps pour être rejoint par mes camarades de classe, ainsi que mon cousin qui venait juste d’arriver. Malgré mes douze ans et la chaleur qui nous ramollissait, nous jouions comme des fous avec les toboggans, balançoires, bascules ou à courir l’un après les autre. Parfois mon père m’ordonnait de m’occuper de ma sœur, alors je la poussais sur le tourniquet, je le fis si souvent et tous les autres enfants de son âge la rejoignirent, que les paumes de mes mains commençaient à sentir le métal.

De temps à autre, je retournais m’abreuver auprès de mes parents qui discutaient avec mon oncle et ma tante. Tandis que l’après midi s’écoulait paisiblement, l’un après l’autre, mes camarades rentrèrent chez eux, alors que ma sœur dormait enfin profondément dans sa poussette de promenade.

Le soleil rougeoyant se couchait sur le parking de Binche Plage, emportant avec lui les derniers instants de mon enfance et ainsi se sont refermées les portières de notre 127, pour ne s’ouvrir que sur l’aube de la grande école qui m’attendait de pied ferme.

J’y suis retourné les autres années, mais le passage en secondaire et l’adolescence m’ont fait dénigrer les deniers instants que Binche Plage offrait à ceux qui lui sont restés fidèles. Ce n’est que lorsque j’ai revu ce site défiguré, que j’ai pris conscience de ces jours heureux que j’y avais vécus.

Aujourd’hui, quand je regarde le bandeau du site Internet qui lui est consacré, j’y revois ces instants de mon enfance et je me dis : Voilà j’étais là, dans ce coin là.

Article librement inspirée de plusieurs récits de personnes nées dans les années 1960 ayant fréquenté Binche Plage durant les années 1970


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